Il ne faut pas se leurrer, Nicolas Sarkozy n’a pas été élu sur la base des qualités habituelles d’un chef de l’Etat. Ce président incarnerait-il le mal ?
Habituellement, l’accès à la magistrature suprême exige certaines vertus dont notre président semble totalement dépourvu.
Piètre rhétoricien, car la rhétorique reste l’art du bien parler, il ne sait pas s’exprimer sans faute de
français et son discours au lieu d’être construit autour d’arguments solides pétris de sagesse et d’humanisme, n’est qu’une propagande où presque chacun peut y trouver ce
qu’il souhaite, puisqu’il s’agit bien là d’une auberge espagnole … à l’Elysée …
Avocat de formation, il a vraisemblablement oublié ses cours de droit constitutionnel de 1ère année,
où n’importe quel étudiant apprend sans difficulté que si le Président impulse toujours la politique intérieure, il prendra soin d’en laisser la responsabilité politique au 1er
Ministre, ce qui fait de ce dernier un fusible bien pratique, permettant au Président de se dire « au-dessus de la mêlée » et de se maintenir au pouvoir malgré une politique contestée
et impopulaire. Ainsi, Nicolas Sarkozy qui voulait pourtant sauver la Vème République, n’en a visiblement pas compris l’essence, se voulant Président et 1er Ministre à la
fois, il porte seul la responsabilité de ses échecs, après avoir clamé haut et fort qu’il était le seul responsable. Les Français en tireront donc
toutes les conséquences : au lieu de faire sauter le gouvernement lors d’élections locales, ils changeront de Président à la prochaine présidentielle. Finalement la Vème ne fonctionne pas si
mal et ceux qui tentent de trop s’en affranchir voire de la ridiculiser, s’en mordent finalement les doigts …
Incapable de respecter les règles, il cherche toujours à faire sa loi, ainsi, tel un enfant gâté, il ne voulait
pas lâcher son joujou européen … « Maman » Merkel y a mis bon ordre … mais cela a fait un peu désordre … insatisfait de certaines décisions du Conseil Constitutionnel, il ose critiquer
ouvertement l’institution elle-même. Après tout si c’est l’anarchie dans le pays, il ne saurait s’en plaindre puisque c’est lui qui donne l’exemple ! Ainsi demain pourquoi ne pourrions nous
pas à l’instar de notre président critiquer les décisions de justice et remettre en cause le principe de l’autorité de la chose jugée, principe qui veut qu’on ne puisse rejuger une cause déjà
entendue et définitivement jugée ? L’appel du parquet, qui chacun le sait est aux ordres du pouvoir (rappelons nous l’adage : « l’écrit est serve et la parole est
libre ») contre Dominique De Villepin illustre un peu plus l’état d’esprit de cet homme entêté et revanchard qui n’accepte ni ne tolère d’être contredit.
Népotiste, ses proches font des affaires alors que pendant ce temps là, et sans faire de misérabilisme (je laisse
ça au PS), les français souffrent, se serrent la ceinture … mais après tout, il enverra Carla nous
chanter doucereusement avec son petit accent « vous n’avez plus de pain ? oh !!! les pauvres ! … mais mangez donc de la brioche »… ce qui lui vaudra
dans l’histoire le surnom de « l’italienne » …
Nicolas Sarkozy joue avec le feu, et il se brûle lui-même … son petit diable intérieur le consume et causera sa perte … non, il ne sera pas réélu, et cela sera une mesure
de salut public …
La presse
relaie un peu partout l'info, faisant des gorges chaudes d'une nouvelle défection au Modem... Nicolas About, sénateur s'en va ...il accuse le Modem d'être en opposition systématique et de
délaisser chaque jour notre esprit de proposition et d'action, vertus au coeur de l'identité centriste ...
La bonne blague ... les grandes manoeuvres ont commencées continuent ... en quoi aller chez Pécresse
va-t-il lui permettre de proposer autre chose et d'agir autrement et en centriste ???
Si ce sénateur manque de souffle, en tous les cas, ses arguments, eux, ne manquent pas d'air !!! pffff ... manifestement on prend les français pour des ...
Nous rappelons au Président de la République la promesse faite lors d’un discours le 18/12/2006
“Je veux, si je suis élu président de la république, qued’ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid. Parce que le
droit à l’hébergement, je vais vous le dire, c’est une obligation humaine. Mes chers amis, comprenez-le bien
: si on n’est plus choqués quand quelqu’un n’a pas de toit lorsqu’il fait froid et qu’il est obligé de dormir dehors, c’est tout l’équilibre de la société où vous voulez que vos enfants
vivent en paix qui s’en trouvera remis en cause.”
Il était temps ! Les maladresses accumulées du pouvoir en place ont
réveillé cette opinion publique oubliée et bafouée.
L'abandon de Jean Sarkozy à briguer la Présidence de l'EPAD est le résultat de son réveil soudain, qui malgré sa décision trop tardive entachera le quinquennat de son père définitivement.
Les français sont patients mais la ligne jaune a été franchie, et ces tentatives de verrouillages resteront longtemps sur l'estomac des français.
Aujourd'hui la droite ferait mieux d'adopter un profil bas plutôt que de se gargariser et féliciter Jean Sarkozy pour sa "maturité" ... avait-il le choix ? non, le climat était devenu délétère,
et la légitimité définitivement compromise par le seul fait de la contestation dont l'ampleur ne faiblissait pas.
On pourra tirer quelques leçons de cet épisode :
1- on ne peut pas gouverner par la force très longtemps
2 - les principes républicains sont bien ancrés dans les chaumières
3 - les français ne sont pas apathiques, mais patients
4 - l'internet et la communication mobile sont en danger, pour avoir trop bien fonctionné
5 - aujourd'hui l'opinion réveillée doit rester vigilante : Sarkozy a démontré que lorsque l'opinion publique l'empêchait d'obtenir quelque
chose, il recommençait avec des moyens détournés (voir à titre d'exemple le référendum raté sur la Constitution européenne et le Traité de Lisbonne imposé en réponse) et fiston va tout de même
devenir administrateur !!! ce qui ne laisse présager rien de bon pour le prochain mandat.
6 - pendant ce temps la France a failli à sa mission de terre d'asile et des droits de l'homme en expulsant 3 Afghans
et je ne reviendrais pas ici sur la liste qui pourrait être longue de tous les sujets de mécontentements.
Cependant, aujourd'hui, le Président et ses équipes savent que la politique à papa qu'ils dénonçaient eux-mêmes pour être élus et qu'ils ont repris en pire, car on est dans le système de la politique à grand-papa, ne peut plus passer sans risquer de faire tout sauter. Le pouvoir aujourd'hui discrédité, qui se voulait
solitaire et exclusif va devoir composer et coopérer avec son opinion. Ce n'était pas vraiment prévu au programme !
Nous verrons dans les temps qui viennent quelle sera la réplique... nous sommes à un tournant.
On le voyait venir et personne n'a vraiment été surpris de la création des
racines probables d'un nouveau parti politique au très joli nom évocateur : Terre Démocrate.
J'avais, sur différents blogs, fait part de mes doutes quant à la nécessité d'une nouvelle création, tant il semble bien qu' il s'agisse d'une épidémie de création de partis politiques ... et là,
j'ai envie de dire, quoi ? encore un ? c'est pas vraiment original.
Bon, on me dira ce n'est pas un parti politique, mais tous ces clubs, think tank, cercles de réflexions ... pfff ... soit derrière il y a des ambitions à évoluer, soit ça va servir à éparpiller
encore un peu plus les militants à un moment où précisément il faudrait qu'on se réunisse tous et qu'on se solidarise une bonne fois pour toute derrière un leader.
j'ai déjà expliqué dans un précédent billet pourquoi le moment était venu de passer des états d'âmes d'idéal
démocratique à une vraie construction solide, peut être pas parfaite, mais particulièrement nécessaire et par la suite perfectible quoi qu'on en dise.
J'ai récemment déploré qu'après avoir eu la droite la plus bête du monde, puis la gauche la plus bête du monde, il serait opportun de ne pas avoir le centre le plus bête du monde !
Le centre, justement ! et c'est là que le nouveau discours de Corinne Lepage me fait réagir. Celle-ci, dans la présentation de Terre Démocrate considère que le centre ne serait pas indépendant de
la gauche et la droite. Elle le décrit comme se situant entre "une droite devenue autoritaire, qui s' alliant à un contrôle des médias générant une société vide
de sens et cultivant l’individualisme , la compétition, tout en bénéficiant des mécanismes de l’Etat providence" et"la social-démocratie qui ne cesse de régresser faute de proposer
un modèle cohérent avec l’exacerbation de l’hédonisme, de la consommation et de l’individualisme"
Et de conclure que "le centre défini comme un juste milieu dans un modèle productiviste entre une répartition libérale et une répartition sociale n’a plus guère
de sens" et que donc : "le centre au sens classique n’a plus de place."
MAIS OU PLACE - T- ELLE
DONCLE MODEM ????
Lorsque François Bayrou a créé le MODEM, il a précisément refusé le terme de "centre". Et je dois dire que si aujourd'hui nous parlons de parti centriste au Modem, c'est par commodité de langage,
car nous ne nous considérons pas comme la synthèse des deux échecs de droite et de gauche qu'elle décrit si bien, et notre projet est de proposer autre
chose.
Corinne Lepage est une femme intelligente, et là, son discours me surprend par ses conclusions rapides, si ce n'est bâclées. L'écologie n'est pas la panacée qui pourrait venir à bout de tous nos
problèmes, même si elle est indispensable.
Je n'ignore pas les tensions qu'elle a vécu au Modem, sa mésentente avec Marielle, mais doit-elle nous faire passer pour autant pour un parti centriste obsolète qui ne saurait que cumuler les
tares et déviations des deux autres? Doit-elle propager un tel sophisme ?
A un moment où nous devons faire face à des attaques très graves contre notre démocratie et l'esprit républicain, le moment est-il bien choisi pour régler ainsi ses comptes alors que nous
devrions au contraire nous rapprocher les uns des autres pour lutter contre cette nouvelle menace ?
Je reprends ici le dernier billet de l' Hérétique qui nous annonce qu'une élue démocrate est prête à
relever le défi :
" Martine Volard, élue démocrate de Courbevoie a demandé au
maire de Courbevoie de lui céder sa place au Conseil d'aminsitration afin qu'elle puisse faire officiellement acte de candidature. Elle a reçu immédiatement le soutien des Jeunes Démocrates. Martine
Volard est consultante en organisation et management pour les collectivités territoriales : une profession idéale pour quelqu'un qui se propose de prendre la tête de l'EPAD.
Les élus MoDem ont publié un communiqué commun à propos de la prochaine nomination du fils du Président de la
République.
Le décret du 9 Septembre 1958, relatif à l’Etablissement Public d’Aménagement de la Défense (EPAD), stipule que le président est « élu » par les membres du conseil d’administration. Nous tenons
cependant à souligner que ce même conseil d’administration est composé de 18 membres : 9 représentants des collectivités territoriales (dont 2 du Conseil général des Hauts-de-Seine) et 9 membres
représentant l'Etat, sous l’autorité de leur ministre de tutelle. En ajoutant la voix de Patrick Devedjian, membre du gouvernement à celles des 9 administrateurs de l'ETAT, l’Etat a la majorité
absolue (10 voix sur 18). L’élection du Président de l’EPAD est donc véritablement contrôlée par l’Etat et s’apparente bien à une nomination. La nomination prévue de Jean Sarkozy, fils du Président de la République, ne peut, de ce fait, être considérée comme un acte local, résultant seulement de la volonté
du prétendant et du choix de ses pairs.
A l’évidence, la très courte expérience politique de Jean Sarkozy n’en fait pas un président qualifié pour mener et piloter un tel
établissement. Le président de l’EPAD assume un rôle important d’arbitrage, d’orientation, de décision et de représentation de La Défense, opération d’intérêt national, auprès des investisseurs
internationaux. Nous ne pouvons donc accepter que ce rôle stratégique soit confié à un président « en formation ».
L’état-civil de Jean Sarkozy ne peut lui être reproché et ne préjuge pas de ses qualités personnelles. Nous pensons toutefois que sans
cet état-civil, aucune candidature de conseiller général ou de membre du conseil d’administration de l’EPAD de la même catégorie d’âge et d’études n’aurait pu être censément envisagée.
L’éventuelle nomination de Jean Sarkozy ne peut donc apparaître comme conforme à nos valeurs républicaines et démocratiques. Face à
l’émotion qu’elle suscite, dans l’intérêt de nos villes, de notre département et de notre pays, nous demandons donc instamment à Jean
Sarkozy de renoncer à sa candidature, et aux conseillers généraux des Hauts-de- Seine de ne pas voter en sa faveur.
Christophe Grébert, conseiller municipal MoDem de Puteaux
Martine Volard, conseillère municipale MoDem de Courbevoie
Pierre Creuzet, conseiller municipal MoDem de Nanterre
La structure gouvernementale n’entraîne pas de manière mécanique tous ces remaniements,
mais elle rend possible les fissures, secrètement, tout l’ancien monde, petit à petit, tout l’équilibre religieux ancien, deviennent intenables. Ce qui amène à la période axiale de l’histoire des
religions.
On observe que de la Perse à la chine, de l’Inde à la Grèce, en passant par la Palestine,
de grands réformateurs vont en un demi millénaire modifier la substance même du religieux.
Zarathoustra au XIIIème siècle avant notre ère,Lao-Tseu aux IVème-Vème siècle avant notre ère, Bouddhaau Vème siècle avant notre ère,les prophètes d’Israël du VIIIème au VIème siècle : Isaïe au VIIIème, Jérémie au VIIème,
Ezéchiel et Daniel au VIème.
Le Christianisme et l’Islam sont des prolongements de ce mouvement.
Il y a avant et après. Tout bascule à ce moment.
Ces religions développent l’idée d’une transcendance du divin avec un creusement jamais vu
jusque là entre l’ici-bas terrestre et l’au-delà divin. Les Dieux nouveaux sont des Dieux et non plus des ancêtres, ils sont beaucoup plus divins, beaucoup plus loin des hommes qu’ils ne
l’étaient dans les religions traditionnelles.
Se développe l’opposition d’un monde vrai et juste opposé à ce bas monde en lui-même plus
ou moins déprécié, et l’idée d’une contrainte que les individus doivent exercer sur eux-mêmes pour faire leur salut. Dans les sociétés traditionnelles, si on commettait une faute, il y avait
toujours un rituel pour la rattraper, il suffisait de se procurer une belle bête et de faire un rituel en sacrifiant l’animal aux dieux. Dans les religions nouvelles, on demande une ascèse
personnelle, une intériorisation de la faute et l’idée que l’humanité porte en elle du mal, un mal intime qu’elle peut surmonter avec un certain travail sur elle-même. Il faut se transformer
soi-même.
De même les religions précédentes étaient polythéistes, dorénavant il y a un dieu, et ce
dieu unique est responsable de tout le monde, ce qui signifie qu’il a eu un plan pour le créer.
L’aspiration à un autre monde et la dépréciation de ce monde-ci engage les tenants de ces
religions à la quête d’un salut personnel après la mort.
Dans les religions traditionnelles, on ne meurt pas, car si votre descendance fait les
funérailles nécessaires, si elle rappelle votre souvenir continuellement aux alliés, à la parenté en faisant régulièrement des fêtes pour vous honorer, vous prenez le statut d’ancêtre et à tout
moment vous pouvez intervenir sur terre … donc il y avait une autre vie.
Ces nouvelles religions apportent l’idée d’un salut individuel et les religions musulmane
et chrétienne de se rapprocher de Dieu quand on sera vraiment pur en tant qu’individu. Il y aura les bons qui auront le droit de voir Dieu et les autres qui resteront dans la noirceur … Ce sont
des religions profondément individualisantes. Votre descendance pourra faire toutes les cérémonies, cela ne changera rien. Ceci est extrêmement neuf.
Cela signifie que la figure de l’individu que nous vivons et incarnons apparait dans la
religion. Ce que nous réalisons aujourd’hui c’est le programme de la religion, et que la laïcisation comme Spinoza l’avait bien compris, c’est le fait que l’humanité n’ait plus besoin des
béquilles de la religion pour faire ce que la religion lui a appris de faire, d’où le dialogue extraordinairement confus entre les laïques qui se croient, sont hâtés et qui réalisent le programme
de la religion en disant que l’humanité a tout ce qu’il faut par elle-même pour réaliser l’individualité libre, or, cette individualité, c’est la religion qui a appris à l’humanité ce que
c’était. Et donc, il y a des religions qui sont allées jusqu’au bout de ce processus, ce sont celles qui ont préparé l’humanité à sortir de la religion, et la religion qui est allée le plus loin
dans ce sens c’est le christianisme, et ce n’est pas pour rien que l’athéisme et nulle part ailleurs s’est développé dans un seul lieu : les lieux de la religion chrétienne.
Ainsi dans la religion première, la division religieuse passe entre l’ordre humain et son
fondement originaire. Avec l’apparition du pouvoir gouvernemental, la division passe entre les hommes, et avec les nouvelles religions, la division va passer à l’intérieur de chaque homme
(chair-esprit, bien-mal…toutes les figures du dualisme que ces religions apportent).
Ces religions modifient la manière d’entendre la vie de 3 façons :
Elles admettent qu’au fond de soi on peut mobiliser un autre soi
Elles effectuent un retrait par rapport à ce que Platon appelle le harcèlement du monde sensible. Elles
réduisent le morcellement, la bigarrure du monde, car elles cultivent une pensée de l’un alors que les religions anciennes s’ouvraient au multiple. Ainsi l’imputation de tout
ce qui est a un principe unique et une seule volonté.
La conception du social mute : jusque là les devoirs des individus étaient toujours des droits
sociaux alors que les nouvelles religions mettent l’accent sur un au-delà, un principe plus lumineux et vont essayer de hiérarchiser les devoirs sociaux : ceux qu’il faut absolument remplir
puis on décolle dans le méta-social, le métaphysique … quelque chose de plus haut et de plus vrai que le lien social. Même si elles veulent en particulier maintenir l’ordre social et légitimer
les pouvoirs, la distance qu’elles vont introduire entre l’ici-bas et l’au-delà rend impossible leur liaison. Le politique a beau utiliser le religieux pour se légitimer, la croyance est
désormais en rapport avec un principe au-dessus du politique et au-dessus du social qui est Dieu. C’est la fameuse parole révolutionnaire de Jésus Christ : « Mon royaume n’est pas de ce
monde » ainsi que « rendre à César ce qui est à César et donner à Dieu ce qui est à Dieu ». Ces formules, inaudibles dans les sociétés traditionnelles, disent qu’il y a désormais
plus haut que la société, et le pouvoir politique qui croyait que la référence divine était ce qu’il y avait de plus sûr pour lui, voit ce principe se fissurer.
Ce qui est en marche c’est que le religieux va passer au-dessus du politique et va vouloir
lui dicter ses lois. Il va y avoir concurrence pour savoir lequel des deux est le plus proche du message originel, d’où des querelles infinies. Ainsi le religieux montre sa pente qui était
d’immobilité et de foi dans les origines pour devenir un ferment d’incertitude et de renouvellement, et ce qui soutenait le pouvoir politique pourra se retourner contre lui.
Toutes les religions issues de la période axiale ne se développent pas intégralement. En
particulier, sur le plan politique, en Iran, en Inde, en Chine, le dualisme composera avec une conception hiérarchique qui empêche de retourner contre le pouvoir les principes qui le dépasseront.
C’est seulement dans le cadre des religions du Livre que ces tendances pourront se développer.
La promotion de ce divin unique transcendant et tout puissant rassemble sur cette nouvelle figure
la multitude d’esprits qui animaient toute la nature qui se trouve désertée de toutes ses forces occultes, la nature se désacralise, le monde se désenchante, ce qui est enchanteur et enchanté
n’est plus qu’en Dieu, et c’est la condition nécessaire pour que l’homme puisse en devenir possesseur et maître, en la soumettant à ses projets sans crainte d’y déranger un ordre divin…
Jésus n’est pas venu sauver la nature, mais l’homme …
L’Hérétique me tague sur la chaîne de la mythologie, je vais répondre par une histoire anthropologique de
l’apparition de l’Etat, telle qu’elle m’a été enseignée par Monsieur Gérard Courtois, lors de mon DEA d’Histoire et anthropologie du Droit que j’ai suivi, il y a bien longtemps maintenant,
à Nanterre.
Cette apparition de l'Etat n’appartient à aucun lieu particulier, c’est ce qui se manifeste un peu
partout.
Ainsi nous allons pouvoir constater que si le religieux peut avoir une influence sur l’apparition des structures
politiques, inversement, le politique peut modifier la teneur du religieux.
Dans les sociétés traditionnelles, les anciens vivants ont l’autorité, car il se produit que les
ancêtres (défunts) considérés comme des surhommes, projettent leur ombre sur eux, et qu’ainsi l’autorité leur est accordée. Ainsi, ils règlent les petits conflits, font vivre la
tradition…
Cette reconnaissance provoque une première coupure entre les hommes, qui commencent à se distinguer les uns des
autres. Cette évolution n’oppose pas un pouvoir laïc et un fondement religieux, le nouveau pouvoir se présente d’abord comme essentiellement occupé à gérer le sacré.
Ainsi
dans les sociétés traditionnelles, il y a des Maîtres rituels, en charge d’un secteur religieux pour tous les sous-groupes de la société. Par exemple, en Haute Volta, il y a un Maître de la
Terre, ritualiste très important qui est lointainement apparenté avec les premiers occupants humains de la terre, et qui ont obtenu les premiers l’autorisation des puissances chtoniennes de
s’installer sur certains lieux. Ce sont eux, qui par des rites réguliers, et lorsqu’il y a une crise, sont chargés de maintenir les bonnes dispositions des puissances chtoniennes à l’égard des
humains.
Les Maîtres de la Terre sont tellement importants, que les conquérants ne peuvent en aucun cas accéder à la
terre sans leur collaboration: les conquérants gèrent ce qui relève du royaume en général, mais sont totalement incompétents pour les affaires locales, l’accès à la terre suppose que les
principes vivants, les esprits qui sont dans la terre sont d’accord, et il y a un ritualiste qui est chargé des échanges entre les vivants et les esprits, c’est le Maître de la
Terre.
Ce Maître de la Terre appartient à un lignage, un clan. Il a les recettes magiques pour que la ulture des
ignames soit profitable. Lorsqu’il y a besoin d’abattre un arbre pour se tailler des harpons pour pêcher ou des pirogues, l’arbre étant quelque chose de vivant, il y a un dieu dans l’arbre, là
aussi le maître rituel va rendre favorable l’être qui est dans l’arbre pour qu’il accepte d’être abattu.
Ainsi, la société dispose d’une série de maîtres rituels : maître des masques, maître de l’initiation
des jeunes, de la pluie etc. Il y a donc une sorte de répartition des fonctions religieuses et une des clés est que chaque élément de la société est complémentaire des autres.
Dans ces sociétés, le chef ne domine pas les rituels, il harmonise les calendriers rituels et se contente de
représenter l’identité du groupe vis-à-vis de l’extérieur et de rappeler la tradition à l’intérieur.
Très habilement, le chef est pris hors de la société, c’est un étranger pour ne favoriser aucun clan local. Ce roi
devient le dépositaire du sacré, et c’est à partir de lui que va pouvoir se générer lentement un roi au sens politique. Ce roi est une force de maintient de la prospérité collective qui va peu à
peu élargir sa sphère d’influence, modifier ses prérogatives et commencer à devenir un organe destiné à coordonner les activités de la communauté.
Il avait le pouvoir religieux, petit à petit, il prend le pouvoir social. Il fait communiquer le religieux
et le social mais aussi fait écran en montrant que les hommes commandent les hommes, et que celui qui interprète les dieux et la tradition est aussi peu à peu innovateur et législateur. Dans
l’Iliade et l’Odyssée, on voit que le roi n’a absolument aucun pouvoir d’innovation, il ne connait que la coutume, sa fonction est de déclarer le droit et non de le créer… seulement, des rois
dévient de la tradition et il commence à y avoir dans la société un organe qui permet son adaptation à de nouvelles conditions, le gouvernement va changer la tradition. La gouvernementalité
naissante va produite du religieux de 3 manières :
Par l’accentuation de la coupure entre nature et
surnature: dans le temps de la stricte religion des ancêtres, le présent et le passé étaient imbriqués, or, le présent se disjoint du
passé par rapport à ce qu’il fonde, mais en même temps il est conjoint apr ce qu’il reçoit de passé sous forme d’héritage, c’est le paradoxe. La division de la réalité entre deux sphères, celle
des ancêtres et aujourd’hui devient un problème car dès l’instant où la sphère d’aujourd’hui n’est plus l’exacte copie d’autrefois, se fait jour l’idée que la sphère d’autrefois doit être peuplée
d’êtres finalement plus différents qu’on le pensait, donc plus divins et moins ancestraux. Il y a donc un premier ébranlement du religieux.
Par la subjectivation des dieux : lorsque l’ordre gouvernemental
apparaît, il ne veut pas que cela se voit car il n’y a pas d’autre légitimité que la tradition, aussi se présente-t-il toujours comme la charnière du visible et de l’invisible. Il n’empêche que
le gouvernement est dans une tension avec le reste de la société et que les difficultés vont s’accumuler, il faudra innover, agir … en innovant il va dire que son action correspond en réalité à
la véritable volonté des êtres des origines … mais alors il doit être capable d’interpréter cette volonté, et aura recours à des prêtres spécialisés qui diront que tel ou tel aspect n’avait pas
été bien compris ou que les nouveautés s’intègrent bien dans les fins voulues par les Dieux… Ces procédés sont graves pour la religion car c’est dire que le message n’a pas été donné
une fois pour toutes, qu’on peut spéculer, interpréter…
L’apparition des structures de
gouvernementalité entraîne une modification du sens de la guerre qui a des effets religieux. La guerre dans les sociétés traditionnelles permettait l’échange, ce qu’il y a de plus
fondamental dans le social : échange de biens, de paroles, de conjoints. Il y a un grand jeu d’échange entre les familles qui entraîne la solidarité entre elles. Souvent lorsqu’il y a une
difficulté entre deux familles, les femmes deviennent ambassadrices de leur groupe et pacifient la société par le mariage. L’échange parfait est celui des indiens du long de la Cordillère des
Andes qui oblige le chasseur à donner sa proie alors que d’autres vont offrir ce qu’ils auront chassé à sa propre famille, c’est ce qui renforce les liens sociaux. Cependant dès que l’appareil
politique se dégage du corps social, cette logique peut se fissurer … l’appareil politique commence à passer au-dessus de la société, commence à la gérer, il n’est plus tenu par la seule logique
communautaire, il intègre d’autres éléments, il peut se faire conquérant et assimilateur car pour lui les appartenances socioculturelles ne sont plus aussi importantes. Chacune des sociétés va
devoir vivre avec des gens différents. La guerre qui était gardienne du multiple devient instrument d’unification, ce changement a une influence culturelle considérable, car tout devient
incertain, et ce trouble appelle une nouvelle synthèse religieuse qui conviendrait à toutes les composantes de la société devenue hétérogène. La perception du divin devient insuffisante, l’espace
s’ouvre pour les religions universalisantes.
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